PROPOSITION
OT, 10 février 2015

Amiens - Au Nord de tout.

L'auteur(e)

Dans l’artère passante qu’on appellera aujourd’hui ma rue, il est de bon ton, sans qu’on n’ait jamais vraiment compris pourquoi, de proclamer qu’à Amiens, nous aurions besoin d’un équilibre entre le Nord et le Sud.
On comprendra que cette trop parfaite évidence mérite que l’on se penche sur cet étrange œcuménisme.

On prendra volontiers cette volonté d’équilibrage pour une culpabilité : un Nord trop défavorisé face à un Sud trop privilégié – le Centre Ville, dans sa vocation régulatrice, arbitrant les élégances.

En quoi ce déséquilibre serait-il pathologique ?

Nous pourrions également le voir comme une dynamie : les villes bougent, muent, mutent, vivent. C’est peu nouveau. Pour bien des choses, être dynamique est plutôt un signe de vitalité, d’éveil. D’un enfant, on dira peut-être qu’il est turbulent mais gageons qu’il sera bien vite pardonné. En chimie, on trouvera aussi des équilibres dynamiques…
Si le Sud bénéficie d’une véritable puissance financière privée, l’urbaniste préconisera un rééquilibrage à marche forcée (on imagina - un temps - un pontage). On devine clairement le dessein justicier d’oxygéner le Nord de la manne publique. Il n’hésitera pas à compenser cette « injustice » à coups d’infrastructures à forte valeur symbolique. Cependant, il paraît vain de remplacer des militaires par la nouvelle chair à urbaniser que sont devenus les étudiants. Nous avions des villes de garnisons, nous aurons désormais des villes universitaires.

Tout ce que nous allons générer ce sont des déplacements, du flux. De facto on crée une dynamique, on la revendiquera même : aménagements structurants, poumons verts, cœurs de villes, tout investissement propice à la création d’une dynamique, territoriale, économique ; il « faudrait » re-vitaliser. Vite une purge !
Il n’est pas ici question de prôner une absence de régulation mais bien plutôt d’affirmer que la ville fondée sur de grands gestes, des « faits du Prince », des équipements emblématiques paraît aujourd’hui révolue ; de toutes façons nous n’en avons plus les moyens – le Roi est nu.

Alors soyons plus malins, soyons judokas, profitons de ces mouvements pour qu’ils contribuent au rayonnement de la ville. La ville est faite d’opportunités, la planification est un mythe, c’est le pragmatisme qui règne, on ne fera guère que ce que l’on pourra.
La ville n’est pas un échiquier où chacun est réduit à sa case, cela n’est ni souhaitable, ni réel. Il faut avoir un diagnostic clinique des choses, on n’imagine plus le futur à grands coups de crayons sur une carte, le positivisme est vaincu.

L’heure est à la précision, à la chirurgie. Aujourd’hui la ville est malade, elle se vide, redonnons lui du souffle.

C’est toujours la ville qui a raison. Virons les urbanistes, place à la médecine.

-  Faisons de la résorption des friches une priorité absolue
-  Prévenons la création de nouvelles friches (zones commerciales, friches administratives…)
-  Démolissons sans regrets les bâtiments inadaptés
-  Recréons des limites à la ville pour atteindre une masse critique : faire d’Amiens une Métropole
-  Soyons magnanimes, le banal a ses charmes

Mise à jour le 10 février 2015
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