Lyacout Haïcheur, Nathalie Laurette, 21 novembre 2013

Périscolaire : le véritable enjeu de la réforme des rythmes scolaires

A la rentrée 2014, la réforme des rythmes scolaires devra s’appliquer dans notre ville ; elle impactera le quotidien des 10 214 enfants qui fréquentent les 91 écoles amiénoises. La réforme des rythmes scolaires n’est pas une mince affaire, Vincent Peillon s’y est attaqué et la loi a été votée en 2013. Si on ne peut que s’en féliciter, on peut aussi déplorer une réforme incomplète sur le fond et sur la forme.

Sur la forme :
Laisser à l’appréciation des collectivités via des concertations l’organisation de la semaine (classe le mercredi ou le samedi) et de la journée n’a malheureusement pas abouti à une réelle prise en compte du rythme de vie de l’enfant. Dans les faits, malgré les nombreuses études, les arguments avancés pour justifier tel ou tel choix ont rarement pris en compte le confort de l’enfant.

A Amiens par exemple, les échanges avec les parents ont pris deux formes : certains ont participé aux réunions de concertation, d’autres ont été consultés par courrier. Pour les premiers qui ont bénéficié d’une information complète sur le sujet il ne faisait pas de doute que la demi-journée devait être le samedi. Le taux de réponse au questionnaire par courrier est d’environ 15% et sur ces réponses 74% ont opté pour le mercredi matin. Sans autre source d’information, ils ont naturellement réfléchi en termes d’organisation familiale et logiquement opté pour le mercredi. Mal relayée, cette réforme est trop souvent comprise comme le simple apport d’activités ludiques venant surcharger une journée déjà bien remplie.

Sur le fond :
Une réforme ambitieuse se serait attaquée non seulement à la semaine mais aussi à l’année. Elle se serait attachée à prendre en compte les rythmes annuels. Elle aurait par exemple modifiée les durées de vacances et palliée les trop nombreuses ruptures de rythme du troisième trimestre.
Une réforme ambitieuse aurait introduit une différence dans le traitement du rythme des enfants de primaire et de maternelle celle-ci comptant désormais dans ses effectifs des enfants de moins de 3 ans.
Quelles marges de manœuvre restent-ils aux collectivités pour agir ? Le temps scolaire relève de l’éducation nationale, c’est donc dans le temps périscolaire que notre collectivité peut faire la différence.

Nous devons considérer le temps périscolaire comme un véritable temps éducatif. Trop souvent ce temps est un temps d’attente, un temps « bouche-trou ». Cette réforme va obliger les collectivités à étoffer ses équipes d’encadrement. Comment seront faits les recrutements ? Sur quels critères ? Nous devons anticiper cette vague de recrutement pour permettre les nécessaires temps de formation.

Pour que ces temps d’enseignement et périscolaire soient réellement cohérents les équipes éducatives et d’animation de la ville, les associations doivent travailler en étroite concertation. C’est l’ambition du projet éducatif territorial (PET) et c’est là que se situe le véritable enjeu pour notre collectivité. Par exemple actuellement, à Amiens il est envisagé la suppression des études surveillées au profit de la mise en place de coordinateurs de projets éducatifs territoriaux. La communauté éducative doit être soutenue et accompagnée dans la mise en œuvre de ces projets éducatifs territoriaux.

La pause méridienne sous sa forme actuelle est une aberration. Elle ne permet pas de réunir les conditions nécessaires pour la reprise des cours l’après-midi : niveau sonore assourdissant dans les cantines, surexcitation dans la cour de récréation, pause trop longue (à Amiens, actuellement de 2 heures elle pourrait passer à 2 heures 15 !).
La pause méridienne doit être repensée autour d’activités permettant un retour au calme pour les enfants du primaire. Pour les enfants de maternelle, la sieste doit suivre immédiatement le repas à l’école comme à la maison (tous les chronobiologistes s’accordent sur ce point).

Pour la rentrée 2013, les municipalités sont soutenues dans l’application de cette réforme par les aides de l’Etat celles-ci se montent à 90 euros par enfant cette aide est complétée par la Dotation de Développement Urbain de 45 euros par enfant. L’aide de l’Etat devait être divisée par deux pour la rentrée 2014 elle sera finalement maintenue, viendront s’y ajouter les aides de la CAF. Ces aides doivent permettre d’amortir le coût d’application de la réforme, elles devront être utilisées à bon escient afin d’agir efficacement sur le temps périscolaire.

Pour la mise en œuvre ambitieuse de la réforme des rythmes scolaires, nous proposons :
- le recrutement et la formation de professionnels de l’animation pour la prise en charge des enfants dans les différents temps périscolaires.
- la quatrième demi-journée le samedi, et non le mercredi matin.
- la mise en cohérence efficiente des temps éducatifs et périscolaires au travers d’un Projet éducatif territorial ambitieux.
- la différenciation dans l’organisation des temps périscolaires entre maternelles et primaires.
- la réforme en profondeur de la pause méridienne.

Mise à jour le 21 novembre 2013
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