Vincent Aguano, 9 juillet 2013

Pour de nouvelles relations avec les associations

La société accélère, les mutations sociales nous dépassent, les associations pourraient y tenir un rôle. Dans ce rythme effréné, des petites structures, plus souples que les institutions, engagées, militantes, pourraient agir en complémentarité de l’action publique, innover, expérimenter et proposer d’autres modes d’intervention.
Mais cela implique une transformation radicale des relations entre financeurs et financés, instaurer un partenariat qui débute par la mise en place de réels outils et dispositifs d’évaluation, indépendants des intérêts individuels.

Est-il nécessaire d’écrire une contribution pour évoquer le besoin d’évaluer l’action associative ? La ressource comme les rapports sur le sujet ne manquent pas. Il suffit de lancer Google et de saisir la requête « évaluation action association » pour obtenir 199 millions de résultats en 0,29s. Pour subvention : 8,6 millions, politique de la ville :1,79 M, indépendance associations : 9,8M.
La démonstration n’est pas à faire, tous ceux qui se sont penchés sur la question en sont conscients et depuis longtemps.

Pourtant, rien ne bouge. Au contraire, la situation se dégrade. Le renforcement du poids des collectivités dans la survie des associations accentue les dysfonctionnements. Le clientélisme et la gestion priment sur les idées et les projets. Le temps consacré aux relations, lobbying, montage de dossiers, rapports, justification, communication, dépasse bien souvent celui qui est dédié aux actions.
La qualité d’un directeur (ou d’un président), ses capacités à créer et entretenir des réseaux institutionnels et politiques sont bien plus déterminantes que la qualité et les compétences de l’équipe qui travaille avec le public. Le soutien aux associations ne se détermine pas autour des actions mais d’un verre.
Quel est le coût horaire d’un salarié sur le terrain ? Il suffit de diviser le budget d’une structure par le nombre d’heures passées auprès des publics. Un taux à faire pâlir un trader.

Hormis l’évaluation financière, manipulable à souhait, il n’existe aujourd’hui qu’une seule pratique, celle de l’auto-évaluation. Dans un secteur en crise, qui s’aventurerait à reconnaître ses faiblesses, ses insuffisances, ses doutes, la nécessité de renouveler ses actions pour répondre à l’évolution des besoins ou des attentes ? Celui qui s’engage sur ce chemin court à sa perte.
C’est pourtant une direction qui s’impose, et principalement dans la politique de la ville qui devrait être un laboratoire, permettre l’émergence de nouvelles actions, de nouveaux modes d’intervention, autoriser la réflexion, la recherche, les expérimentations, la capitalisation.

Mais la politique de la ville demeure LA politique associative d’Amiens. Elle renouvelle des actions depuis parfois plus de 20 ans.
Pour combien de temps encore ? Et sur quels critères ?

Il est nécessaire d’être exigeant avec le secteur associatif, même il ne faut pas espérer un travail de qualité sans la capacité financière des structures à employer des personnes compétentes. On ne peut pas attendre le même travail d’un salarié en contrat d’insertion et d’un salarié qualifié.
Développer une politique associative nécessite force et courage, de faire des choix et de les assumer, mais également une organisation institutionnelle adaptée.

Propositions :

1. Création d’une équipe chargée de l’évaluation des associations, indépendante des élus de référence, transversale et compétente.

2. Limitation à 3 ans du financement d’une action par la politique de la ville, transfert de moyens vers le droit commun, création d’une véritable délégation à la vie associative.

3. Audit triennal des actions pérennes

Mise à jour le 9 juillet 2013
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