PROPOSITION
20 janvier 2013

Rigueur budgétaire, utilité sociale et service public : que faire de Mégacité ?

L’efficacité d’une gestion publique ne peut s’apprécier qu’à l’aune de l’utilité sociale. La sobriété est un choix pas une contrainte, une opportunité qui tourne le dos à la fatalité d’une rigueur budgétaire aveugle et uniforme. J’ai dit souvent mon opposition au gâchis financier que représente, à mes yeux, le « service public » de l’hippodrome, du stade de la Licorne, de la halle de frais ou des églises désaffectées… Je voudrais en tenter la démonstration à partir de l’exemple de Mégacité.

La maîtrise des dépenses est une obligation. Nous affirmons cependant que la rigueur de la gestion passe d’abord par l’affirmation de la prééminence des décisions politiques et l’amélioration de leur mise en œuvre technique et administrative. Il ne peut s’agir, simplement, d’un écrêtement mécanique, uniforme et aveugle de postes budgétaires immuables.

Nous devons avoir l’audace de tirer toutes les conséquences de décisions prospectives et pérennes, je pense en particulier à la dimension patrimoniale. Nombre d’équipements ou de propriétés ont un coût croissant de plus en plus rapidement. Autant dire qu’il s’agit de fardeaux, dont la légitimité d’un portage public reste à démontrer, sans les a priori d’une mythologie dépassée. La légitimation redondante de la dépense publique par une référence incantatoire au « service public » relève parfois d’une liturgie obscurantiste.

Le parc des expositions, centre de congrès Mégacité, a été construit en 1984 pour un coût de 20 millions d’euros. Une extension du bâtiment a été réalisée en 2006 pour 3,4 M€ supplémentaires. Mégacité comprend un ensemble d’espaces :

♦ 1 amphithéâtre de 986 places,
♦ 4 halls d’expositions de 3800, 2400, 1800 m2 et 1135 m2,
♦ 1 espace polyvalent d’accueil de 600 m2,
♦ 7 salles d’atelier de 30 à 300 personnes,
♦ un bar, des cuisines,
♦ des aires extérieures permettant l’implantation de chapiteaux.

L’extension ouverte en 2006 comprend, elle :

♦ 1 amphithéâtre supplémentaire de 350 places,
♦ 2 salles d’atelier (70 et 90 places),
♦ 1 salle de presse,
♦ 1 espace de bureau dédié aux organisateurs.

Par ailleurs, d’importants travaux de réfection ont été réalisés au cours de différents exercices des dix dernières années dans le cadre d’une autorisation de programme (modifiée en 2012) d’un montant de 1,8 M€, dont 1,2 M€ ont été dépensés à ce jour pour la réfection totale de l’auditorium Jules Verne, l’étanchéité, le changement de deux chaudières, etc.

300 000 € de crédits de paiement ont à nouveau été inscrits au BP 2013.

►Quel est le coût global pour la collectivité de ce « service public » ?

  • Pour estimer le coût réel de cet équipement, il convient d’évaluer son coût d’investissement, mais aussi son coût de fonctionnement (c’est-à-dire les dépenses courantes prises en charge par la collectivité, minorées des recettes).

►Coût de fonctionnement :

Globalement, les redevances du délégataire sont en moyenne loin de couvrir les dépenses.

►Coût d’investissement :

Le coût d’investissement est constitué par les dépenses d’investissement pour la réfection du bâtiment (électricité, chaudières, étanchéité) et les nouvelles constructions comme l’extension de 2006. De ce coût doivent être déduits la récupération de la TVA sur les investissements et les différentes subventions perçues par la collectivité.

Les coûts négatifs en 2008 et 2009 s’expliquent uniquement par le décalage de versement des subventions et du remboursement de la TVA.

►Coût de revient global :

En 10 ans, Mégacité a coûté à la collectivité 3 millions d’euros au titre du fonctionnement et 3,6 millions d’euros au titre de l’investissement, soit 6,6 M€ au total !

Dit autrement, Amiens Métropole dépense en moyenne chaque année 660 000 € au titre du "service public" Mégacité, pour, en pratique, pouvoir mettre à disposition du gestionnaire privé un équipement énergivore, vieillissant, voire franchement délabré par endroits.

Nous proposons :

- Dès le prochain renouvellement, un contrat de longue durée, permettant à un concessionnaire de démolir, reconstruire, entretenir et exploiter à ses risques et périls, un centre d’exposition et des congrès moderne et performant, sans financement public ;
- Le lancement d’un programme d’aménagement hôtelier et de restauration pour une animation permanente tout au long de l’année, par des investisseurs privés et sans intervention financière publique, dans le cadre d’un bail emphytéotique administratif sur le site de Mégacité et sur des terrains propriété de la collectivité ;
- La programmation d’un parc à thème indoor de type « Les Mondes de Jules Verne », pensé en termes de transmission de savoir dans un cadre contemporain et une mise en scène technologique et attractive, selon les mêmes modalités juridiques.

Mise à jour le 20 janvier 2013
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