Jean-François Vasseur, Jean-Pierre TETU, 15 avril 2013

Pour un fret ferroviaire au service du développement local

Peut-on envisager de voir réduire les files ininterrompues de camions espagnols et hollandais en transit, qui engorgent les voies de circulation de notre territoire sans s’y arrêter ? C’est le principe même des autoroutes ferroviaires : les camions transportés sur des wagons sur l’essentiel de leurs trajets. L’autoroute ferroviaire est un service qui permet de transporter sur des trains des camions et/ou des remorques en transit sur le territoire national entre le Sud et le Nord de l’Europe. Il s’agit d’une offre complémentaire au fret ferroviaire traditionnel, qui s’adresse directement aux transporteurs routiers, pour diminuer le nombre de poids lourds sur les routes. Et si elle passait un jour par Amiens ?

Le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, a annoncé lundi 12 novembre 2012, la création de l’autoroute ferroviaire Atlantique, troisième du genre en France, après l’autoroute ferroviaire Alpine qui relie, sur 175 km, Aiton-Bourgneuf (Savoie) à Orbassano (Piémont) depuis 2003, et l’autoroute Perpignan (Pyrénées Orientales)-Luxembourg, en exploitation depuis 2007.

La nouvelle autoroute ferroviaire reliera Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) à la plate-forme intermodale de Dourges (Pas-de-Calais) via Bordeaux (Gironde) et Longueau (Somme).
Frédéric Cuvillier souhaite avant tout qu’elle soit dans le futur reliée aux ports. "Que la mer ne tourne pas le dos à la terre et vice et versa".
Il s’agit d’une opportunité décisive qui doit être saisie par l’agglomération amiénoise partie prenante du pôle mondial de compétitivité ITrans.

Le Grenelle de l’Environnement, en 2009, a initié une démarche ambitieuse pour le développement du fret ferroviaire, décliné le 16 septembre 2009 dans l’Engagement National pour le Fret Ferroviaire et ses 8 axes :

· créer un réseau d’autoroutes ferroviaires ;
· aider le développement du transport combiné ;
· développer les Opérateurs Ferroviaires de Proximité ;
· développer le fret ferroviaire à grande vitesse ;
· créer un réseau orienté fret ;
· supprimer les goulets d’étranglement ;
· améliorer la desserte des grands ports ;
· moderniser la gestion des sillons.

Tandis que la fiction grotesque du Canal Seine Nord Europe semble dorénavant en coma dépassé, la logistique ferroviaire retrouve tout son sens sur une terre où elle a connu son heure de gloire et où subsistent toutes les conditions de son développement.

Située au cœur du corridor Ouest/Est qui relie sa façade maritime au cœur de l’Europe, Amiens est le seul point multimodal qui allie les faisceaux de voies ferrées vers Lille, Rouen, Boulogne, Paris et Reims à l’intersection des voies autoroutières A 1, A 16, A 29, et à proximité des ports maritimes du Havre et de Boulogne, avec les potentialités que cela représente. La densité des infrastructures ferroviaires est exceptionnelle sur notre territoire (120 mètres par Km2, seulement dépassé par Ile-de-France avec 149 mètres par Km2). Or nous sommes, paradoxalement, en dessous de la moyenne nationale (8,1 tonnes) des tonnages transportés (7,7 tonnes) soit une part modale du mode ferroviaire égale à 6,4% du total des marchandises transportées dans la région.

Aussi, nous pensons que le débat doit être largement ouvert et la réflexion approfondie collectivement.

Nous proposons de :

• Faire du fret ferroviaire une filière essentielle du développement d’Amiens Métropole et affirmée comme tel dans les documents d’aménagement et d’urbanisme ;
• Participer activement à la concrétisation de l’autoroute ferroviaire Atlantique par Longueau ;
• Imposer la préservation et la valorisation à finalité ferroviaire des infrastructures de Longueau (zone fret, ateliers…) soit 38 hectares ;
• Etudier la création d’un Opérateur Ferroviaire de Proximité ;
• Développer le fret ferroviaire sur l’Espace Industriel Nord, la ZAC Jules Verne et la zone d’activités de Montières, comme élément d’attractivité et moyen de développement ;
• Promouvoir un pôle d’échange de fret urbain des « derniers kilomètres » pour encourager une logistique alternative de desserte du centre-ville.

Mise à jour le 15 avril 2013
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