PROPOSITION
20 janvier 2013

Les zones d’activités peuvent-elles être des espaces de développement ?

Le poujadisme lyrique des « Olivier y a qu’à » et des « Benoît faut qu’on » en matière de développement économique et d’attractivité relève : soit de la surenchère démagogique, soit de l’incompétence, ou encore, du manque de réflexion. Zones commerciales périphériques gigantesques, zones d’activité quasi illimitées, pôles logistiques monstrueux : les « grands projets » salvateurs et démiurgiques ne manquent pas en la matière. Il s’agit d’effets d’annonce déraisonnables, pharaoniques autant que trompeurs. La réalité est prégnante : il ne suffit pas de rêver, de promettre ou de vouloir, mais de réaliser avec autant de prudence et de sobriété que d’efficacité.

Plusieurs postulats peuvent être posés, qui déterminent la réflexion et tempèrent les emballements :

1. Ce n’est pas la taille, ni la richesse, ni la puissance, ni le nombre d’habitants qui déterminent la fécondité d’un espace. La logique créative échappe de manière insolente à tous les critères objectifs.
2. Les mutations en matière d’attractivité du territoire et les conditions du développement économique sont profondes. Leur compréhension et leur appropriation par les autorités locales encore incertaines et fragiles.
3. Il n’y aura pas de développement économique prospère sans une offre foncière adaptée aux besoins des entreprises.
4. Il n’y aura pas d’acceptabilité sociale sans une approche durable et une consommation modérée et raisonnée du foncier.

La sagesse écologique est le meilleur rempart à la démesure et tout le monde s’accorde à considérer que le territoire n’est pas un bien reproductible à l’infini.
La disponibilité foncière gérée à l’aune de la sobriété, devient un enjeu décisif du développement économique d’un territoire donné :

• D’abord parce que son processus de production est de plus en plus complexe,
• Les délais de production se sont considérablement allongés (entre 3 et 10 ans) ;
• Les dates de livraison deviennent de plus en plus aléatoires et incertaines ;
• Parallèlement, la consommation est de plus en plus volatile et les demandes très hétérogènes (taille des parcelles, localisation, équipements requis…) ;
• Le stock de foncier à usage d’activités économiques (400 hectares identifiés par le SCOT du Grand Amiénois) n’est donc pas réellement disponible.

Par-delà les mutations à l’œuvre, les zones d’activités sont et demeurent les espaces privilégiés du développement économique. Ce sont des équipements structurants qui concourent à l’attractivité et à a compétitivité de la collectivité.

Amiens Métropole dispose de 10 parcs d’activités sur 1 317 hectares – ce qui représente 5% de la superficie de son territoire – regroupant 1 547 entreprises qui emploient 30 000 personnes – soit 1/3 des emplois de l’agglomération et une moyenne de 19 emplois à l’hectare.

C’est une ressource décisive et un patrimoine à protéger et valoriser. Ces espaces doivent être repensés, rationalisés, hiérarchisés et anticipés. Principalement situés sur ou à proximité de la rocade ou de la gare, ils doivent s’intégrer résolument dans le tissu urbain en s’inscrivant sur l’Anneau des Ecologies prôné par le Projet métropolitain Amiens 2030.

Nous proposons :

1. La recomposition/requalification prioritaire de l’Espace Industriel Nord :
• Schéma d’aménagement global ;
• Constitution par les collectivités territoriales et l’Etat de fonds d’intervention pour l’acquisition des friches ;
• Reconstitution foncière et réaménagement/dépollution ;
• Productions énergétiques alternatives mutualisées et dédiées ;
• Création d’un établissement ferroviaire local (sur le mode opérateur ferroviaire de proximité-OFP) pour le développement du rail ;
• Implantation de services aux usagers (commerces, conciergerie, crèche d’entreprise…) ;

2. De privilégier les espaces centraux, plurifonctionnels et desservis par les transports en commun plutôt que des zones d’activité périurbaines ;

3. D’anticiper les besoins des entreprises afin de disposer du foncier nécessaire pour répondre rapidement aux sollicitation, ce qui nécessite de réaliser les aménagements nécessaires dès que possible afin de minimiser les conflits d’usage ;

4. D’optimiser les coûts d’aménagement et les stocks pour proposer des charges foncières attractives ;

5. De concrétiser un « triangle de l’innovation » dans le cadre d’une démarche technopolitaine, en développant sur les zones émergeantes une offre incubateur-pépinière-hôtel d’entreprises dans trois filières d’avenir :
• L’immobilier durable sur Boréalia
• L’économie de la santé sur Intercampus
• L’économie numérique sur Gare la Vallée

Mise à jour le 20 janvier 2013
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