PROPOSITION
Karine Corne-Hiver, Ventilos, 9 octobre 2015

Le BHNS, un Bus à Haut Niveau de Soucis ?

C’est indéniable, l’un des points de cristallisation de la campagne des dernières municipales fut le projet de tramway porté par la majorité sortante. Les Amiénois se sont notamment opposés à ce projet qu’ils n’ont pas trouvé désirable.
L’annonce récente d’un projet alternatif de transport nommé BHNS (Bus à Haut Niveau de Service) mérite qu’on s’y intéresse de près, car les impacts sont importants pour la ville.

Après son élection, la nouvelle équipe municipale a aussitôt stoppé le projet de tramway. Elle n’est pas restée inactive puisqu’elle a pris de nombreuses initiatives : en rouvrant aux voitures la rue des otages, sur les parcours des transports en commun et ses nouvelles dessertes, ou encore sur la communication avec la mise en place d’une application mobile Ametis.

Rapidement un projet de mandat est lancé avec pour objectif annoncé d’améliorer le transport en commun, mais sans les coûts d’un tramway.
Désormais, Amiens roule donc pour le BHNS (Bus à Haut Niveau de Service).

La mécanique d’explication - pardon « de concertation » - est en marche et un premier planning annoncé : après la concertation, se succéderont les études jusqu’en 2017, puis les travaux jusqu’en 2019, pour une mise en service... avant les prochaines élections de 2020.
Le coût annoncé est de 85 millions d’euros : 6 millions d’études, 10 millions de systèmes, 24 millions de matériel roulant et 45 millions d’infrastructures.

Sur le papier, le projet est séduisant : moins coûteux que le tramway (annoncé à près de 200 millions d’euros en 2014), des carrefours embellis et des temps de parcours améliorés.

Au sein de La Fabrique, nous ne nous en sommes jamais cachés, nous étions une majorité à soutenir le projet du tramway. Les Amiénois ont été clairs et se sont exprimés en votant contre ce projet. Dont acte.
Mais l’annonce du projet BHNS qui semble sur les jolies plaquettes le meilleur compromis, a fait bondir certains d’entre nous. Car ailleurs, nous connaissons des projets similaires qui sont loin d’avoir respectés les belles annonces...

Regardons, par exemple, ce qu’il s’est passé à Metz. Ville un peu plus petite qu’Amiens mais à l’agglomération plus grande. Deux lignes de BHNS en 2013 pour un coût de 230 millions d’euros (et 400 000 euros de caméras, mais c’est un autre débat... ). Un coût à 13 millions d’euros du kilomètre.
Construction de parkings relais, 900 arbres abattus, des carrefours totalement remodelés, des copropriétés en parties expropriées pour permettre les virages du bus...
Vous imaginez bien : une phase de réalisation qui déraille, provoquant heurts et désamour entre les habitants et les élus.

Après sa mise en service le bilan est mitigé : si la fréquentation est bonne et que l’exploitation s’est déroulée globalement sans incident, les coûts ont dérapé (230 millions d’euros contre 146 millions annoncés en avant-projet http://metz.fr/actus/2009/090108_revolution_transport/projet_tcsp.pdf), les parkings relais sont vides et les commerces ont fortement souffert des travaux.

Alors, tous les Amiénois qui n’ont pas voulu du tramway à cause de son coût et des travaux qui allaient tuer le commerce, sont-ils prêts :

- à mettre leur voiture en parking relais (même d’hypermarché) ?
- à subir 2 ans de travaux sur les grands axes ?
- à voir les boulevards perdre arbres et places de stationnement ?
- pour une dépense qui risque d’avoisiner les 150 millions d’euros ?

Ont-ils vraiment voté pour cela ? N’étaient-ce pourtant pas leurs principaux griefs contre le tramway ?

Parce que si fin 2019 nous devions faire ces constats (qui sont une transposition des constats d’autres villes ayant choisi le BHNS), alors Amiens aura raté le coche : celui du tramway.

Mise à jour le 9 octobre 2015
comments powered by Disqus