Olivier J., 3 mai 2013

Amiens : une Citadelle d’emplois à prendre

Le contenu de l’activité économique sur l’agglomération explique le relatif moindre impact aux effets de la crise. Pour autant, « l’affaire Goodyear » révèle une forte sensibilité au déclin de l’industrie et une difficulté particulière liée à un bassin d’emploi relativement sous-qualifié. Comment retisser de l’activité en phase avec les caractéristiques de ce territoire sans attendre les hypothétiques mannes de l’Etat ? Et si des potentialités existaient localement et ne manquaient plus qu’à être mises en mouvement ?

A Amiens, au début de la crise de 2008/2009, la part des emplois dans un secteur ayant subi une forte baisse de l’activité est de 13 % , c’est-à-dire la part la plus faible de Picardie. Les quatre activités les plus représentées sur ce bassin sont : l’administration publique, la santé humaine, l’enseignement et les activités financières. Ces secteurs sont alors dans une situation stable. Grâce notamment à la présence de l’administration régionale, qui est un socle d’emplois tertiaires, les pertes d’emplois dans l’arrondissement d’Amiens sur cette période ont été cinq fois moins importantes que dans le reste de la région. Si cette situation perdure, le taux de chômage reste pourtant structurellement supérieur aux moyennes nationales (> 2 points environ) et voit sa tendance s’obscurcir par un tombereau de mauvaises nouvelles.

L’emploi dans l’industrie, même si la part dans l’emploi total est le plus faible de la région, a fortement baissé ces dernières années, notamment dans la chimie caoutchouc et plastique, conséquence de la crise dans filière automobile. Les établissements Automotive Amiens ou encore Goodyear, Dunlop, SAS ont enregistré d’importantes pertes d’emplois au cours des dernières années. D’autres établissements industriels ont été touchés par la crise : Whirpool France SA dans la fabrication d’équipement électrique perd des emplois liés à des retards pris sur la technologie des pompes à chaleur.

L’arrondissement d’Amiens est celui où le secteur des services est le plus présent en Picardie : 80 % des emplois, soit près de 10 points de plus que la moyenne régionale. Sa fonction de Préfecture de région renforce l’économie résidentielle et le secteur public. Ainsi, les plus grands établissements de l’arrondissement sont le Centre Hospitalier Universitaire, le Conseil Régional et la Communauté d’Agglomération. Le territoire pâtit cependant d’une faiblesse structurelle de la formation de sa population active : autant de freins à l’employabilité, à la mobilité ou au potentiel de créateurs d’activité.

Comment dès lors bâtir un projet local de l’emploi sans attendre d’hypothétiques grandes décisions venues d’ailleurs ?

L’appropriation des dynamiques territoriales n’est possible que si les décideurs font un diagnostic des problématiques propres à chaque territoire. Concernant l’emploi, les analyses récentes de l’INSEE confirment sur Amiens une structure très majoritairement "présentielle", c’est-à-dire relevant d’activités mises en œuvre localement pour la production de biens et services visant la satisfaction des besoins de personnes présentes dans la zone, qu’elles soient résidentes ou touristes.

Cette tendance s’accentue depuis 25 ans : si l’accroissement de l’emploi est de l’ordre de 15 000 depuis un quart de siècle, c’est presque uniquement sur cette catégorie d’emploi qu’il s’est porté. Cette évolution conforte le choix d’une stratégie plus endogène qu’exogène, reposant sur les qualités propres du territoire.

Comment dés lors recréer un relais de développement d’emploi sur un bassin frappé de plein fouet par la crise industrielle et marqué par la relativement plus faible employabilité que des agglomérations de même taille ?

Le choix fort opéré autour du réaménagement du site de la Citadelle ouvre une opportunité, au delà du « contenant immobilier », de refonder un projet de territoire autour de l’économie de la connaissance. Bien plus qu’une opération d’aménagement et de "regroupements des étudiants", elle est présentée comme "un élément incontournable pour les quartiers voisins et les riverains puisque tous pourront se l’approprier". Il reste à définir le contenu de cette appropriation. En mettant en exergue une spécialité forte de ce lieu (thématique, de recherche…) à partir de laquelle l’agglomération se distinguerait en déclinant un environnement, des évènements, des partenariats (Fondation…), voire en implantant un nouvel équipement (décentralisé ?) structurant et porteur de sens, pour "incarner" bien plus qu’un site.

C’est en tenant compte des spécificités de la main d’œuvre locale, des caractéristiques du bassin d’emploi que l’esquisse de ce projet ne peut être guidée que par une inspiration « locale ».

La Ville de Metz a mobilisé 80 millions d’euros pour son projet de Musée d’Art Contemporain, tiré par la locomotive Pompidou. C’est peut-être là un pari pour Amiens, un défi de construire avec de l’or sous ses pieds...

Pourquoi ne pas souligner la spécificité d’Amiens et la présence d’archéologues dans les effectifs de la ville ? Comment ne pas se souvenir que la Citadelle est construite sur une voie Romaine ?
Faut-il rappeler qu’il existe un Centre d’Histoire des Sociétés, des Sciences et des Conflits au sein de l’Université ?

En d’autres termes, faut-il vraiment attendre une inspiration « extérieure » pour alimenter un moteur de cette Citadelle ou, à l’inverse, tenir compte des forces en présence pour porter un projet alliant culture, histoire, recherche et évènementiels en lien avec ses habitants ?

Mise à jour le 3 mai 2013
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