Emilie Thérouin, Jean-François Vasseur, 16 avril 2013

Cassons le mythe de l’homme providentiel

Qu’un naufragé du Radeau de la Méduse (UMP, UDI et consorts) qualifie, sur les réseaux sociaux, Gilles Demailly de « Capitaine du Titanic », atteste de la vitalité du ridicule et de la dérision chez les prétendants à l’échéance de 2014 ! Pourtant, cette référence à l’image du capitaine de navire « seul maître à bord » illustre bien une représentation ordinaire d’un mode de fonctionnement personnel, hiérarchique et autoritaire des organisations politico-administratives telles que les collectivités territoriales.
Or les profondes mutations du contexte politique (accroissement des compétences et responsabilisation) et organisationnel (redimensionnement des moyens financiers, humains…) éclairent d’un jour nouveau les formes de la gestion locale. La problématique de la gouvernabilité du territoire amène à s’interroger sur d’autres modes de pilotage et de régulation.

La qualité du projet politique est une condition du succès électoral, la crédibilité des acteurs, individuellement et collectivement, un élément complémentaire décisif. C’est la principale motivation des réflexions d’Amiens : La Fabrique.

Le cloisonnement des actions et des instances, le court-circuitage des décisions, la rétention d’information, les dossiers parfois superficiels, la mise en concurrence faussée des élus, la défiance généralisée qui en découle, la lenteur entretenue de certaines procédures, le jeu pervers des affinités particulières, le conformisme contraint de certains cadres administratifs … sont autant de motifs de lassitude, de désengagement voire de rupture d’un certain nombre d’élus, qui pénalisent l’action collective, donnent une image peu enthousiasmante d’une équipe et renforcent l’omnipotence du Commandeur.

Dans un tel contexte et par voie de conséquence, un modèle pyramidal, pseudo collectif s’institutionnalise, où, en réalité, les décisions stratégiques sont prises en amont et où les élus sont considérés comme de simples courroies de transmission et le conseil municipal comme une simple « chambre d’enregistrement ». Les élus des exécutifs sont, pour la plupart, tenus méthodiquement à distance des partenariats avec l’État - depuis que la gauche est au pouvoir central - et des visites ministérielles. Les élus en sont réduits à faire le service après vente des décisions qui ont été prises sans eux.

Ce fonctionnement particulièrement pervers a montré ses limites et les conséquences ne se font pas attendre : les dynamiques relationnelles et affectives, ainsi que les jeux de pouvoir colonisent et minent le système par l’exacerbation du conflit dans la prise de décision entre rationalité managériale et politique.

Nous considérons qu’un modèle de gouvernance purement hiérarchique ne laisse que peu de place à la participation, moteur de l’intelligence collective. En fixant chacun dans un carcan dont il ne peut sortir, en empêchant les élus de proposer et d’avancer, l’action publique est bridée, censurée. Il n’en ressort ni dynamisme ni créativité. Au contraire, déception, démobilisation et perte de confiance.
De ce point de vue, par exemple, les concentrations de pouvoirs et les propositions de réduction du nombre des élus dans les exécutifs sous prétexte d’économie ou d’efficacité, sont des mesures dangereuses et contre-productives. Il est fort probable que la concentration et l’exclusivité de la fonction des RH pour plus de 3 000 personnes dans les mains d’un seul maire/président d’intercommunalité/président du Pays du Grand Amiénois, fort occupé par ailleurs, minimise la dimension politique du sujet, surévalue la gestion administrative et technique des dossiers, rend difficile le fonctionnement des instances paritaires dans lesquelles l’expertise d’un service sert de discours au Président face à l’expertise des représentants des salariés, devant des élus réquisitionnés pour se taire, lever la main et faire bloc majoritaire.

A l’inverse, un modèle de gouvernance institutionnelle non pyramidal, collégial et participatif, favorise l’engagement, libère l’intelligence créative de chacun, tend à responsabiliser chacun, à le reconnaître en tant qu’acteur de la chose publique, il contribue à souder le collectif. Il favorise également la transversalité et permet à chaque élu d’occuper pleinement sa place, en l’aidant à se situer sur le plan stratégique au lieu de le laisser s’enfermer dans la gestion quotidienne des services, missions dévolues aux agents territoriaux.

Outre ses fonctions obligatoires au titre de la loi, le maire, de surcroît s’il est également président de l’agglomération, se doit de fixer le cap, d’arbitrer, de négocier la feuille de route collective, d’assurer la continuité et la cohérence de l’organisation, être garant de la qualité du service public, être à l’écoute de son entourage comme des citoyens.

Cela nous oblige à repenser autrement l’organisation, en interrogeant les relations entre élus, techniciens et les partenaires. Des compétences multiples offrent aux projets plus de sens, qu’il convient d’organiser dans une institution de pilotage et des groupes de travail où le débat serait la règle avec l’ensemble de la majorité municipale, pour précisément « faire majorité ».

Nous estimons par ailleurs que le numérique devrait être au cœur de notre action publique, notamment pour redonner du souffle au débat citoyen, pour démocratiser l’information d’utilité publique, ou encore, pour que les élus rendent des comptes en continu de leur mandat.

Nous proposons :

➢ Une nouvelle gouvernance municipale pour Amiens non pyramidale, collégiale et participative ;
➢ Le non-cumul des fonctions maire/président agglomération/pays, le non-cumul pour les élus des exécutifs, la limitation du nombre de mandats dans le temps ;
➢ La mise en œuvre de démarches de performance publique locales ;
➢ L’audit externe comme moyen universel de contrôle.
➢ Un bilan de mandat en continu des élus sur le web ;
➢ La multiplication de débats citoyens sur le web.

Mise à jour le 16 avril 2013
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